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Pour près de 7 uti­li­sa­teurs sur 10, les trot­ti­nettes partagées constituent un maillon utile, voire in­dis­pen­sable, de leurs dé­pla­ce­ments

La trottinette partagée est dans le collimateur. En raison de leurs débuts mouvementés, elles ont démarré avec une mauvaise réputation dont elles peinent encore à se défaire aujourd'hui. Même si les trottinettes partagées sont désormais fortement réglementées, très populaires et pleinement ancrées dans les habitudes, elles continuent de subir de nombreuses critiques, justifiées ou non. 

Les utilisateurs de trottinettes partagées sont à peine entendus dans tout ce débat. C’est pourquoi Way To Go a organisé, en collaboration avec les opérateurs Bolt, Dott, Hoppy, Lime et Voi, une enquête à laquelle ont répondu 458 personnes. Cela donne une marge d’erreur de ±4,25 % avec un niveau de confiance de 95 % — une base solide pour des conclusions fiables. Les répondants sont des utilisateurs actifs de la mobilité partagée, ce qui ne fait que renforcer la pertinence des résultats.

Dans ce dossier, nous analysons ces résultats. Quelle est l’importance des trottinettes partagées et pourquoi sont-elles autant utilisées ? 

En conclusion, nous formulons des recommandations à l’intention des différents niveaux de décision.

1. État des lieux concernant les trottinettes partagées en Belgique

Plus de quinze villes belges, dont Anvers, Liège, Malines, Charleroi, Namur et Bruxelles (au moins jusqu'à fin 2026), ont choisi de proposer une alternative durable et flexible à la voiture en mettant à disposition des trottinettes partagées dans leurs limites communales.

Fin 2025, la Belgique comptait ainsi plus de 14 000 trottinettes partagées, ce qui représentait au total plus de 16 millions de trajets par an et près de 1,5 million d'utilisateurs actifs (voir le rapport « Mobilité partagée en Belgique 2025 »).

2. 7 utilisateurs sur 10 considèrent que les trottinettes partagées sont utiles, voire indispensables

En mai 2026, 458 utilisateurs actifs de trottinettes partagées ont été interrogés via Hoppy, Bolt, Lime, Dott et Voi. Way To Go a analysé les résultats. 

La trottinette partagée est indispensable

Cette enquête visait à évaluer l'importance de l'utilisation des trottinettes partagées dans la vie quotidienne des utilisateurs. Deux utilisateurs sur trois (68 %) déclarent que la trottinette partagée leur manque au moins un peu. Près de quatre sur dix (37 %) en dépendent sur le plan pratique. Pour ces utilisateurs, la trottinette partagée est devenue un élément incontournable de leur mobilité quotidienne, tout comme d'autres personnes dépendent de leur voiture personnelle ou de leur vélo pour se rendre au travail ou à l'école. 

 

 

Et si les trottinettes partagées n'existaient pas ? Voici les alternatives proposées par les personnes interrogées.

  • La moitié des utilisateurs remplacerait ces trajets par la marche ou par le bus, le tram ou le métro (56 %).
  • Autre constat frappant : 12 % des utilisateurs opteraient pour une voiture (personnelle ou partagée), un taxi, une moto ou un scooter, tandis que 8 % passeraient à une trottinette privée. Un utilisateur sur cinq remplacerait donc la trottinette partagée par un mode de transport soit plus polluant, soit moins sûr.
  • 7 % opteraient pour le vélo partagé comme alternative. Il est donc erroné de supposer que les utilisateurs de trottinettes partagées pourraient tout aussi bien opter pour un vélo (partagé). Il ne s’agit pas des mêmes utilisateurs : ils ont un profil différent, des besoins différents et des habitudes différentes. La proposition du gouvernement bruxellois de miser davantage sur les vélos partagés ne constitue pas une alternative pour les utilisateurs de trottinettes partagées.  

Un complément flexible aux transports en commun

Il ressort des réponses ouvertes concernant le choix de la trottinette partagée que ce moyen de transport est principalement utilisé pour sa rapidité, sa flexibilité et sa facilité d'utilisation (230 réponses, 50 %).

« C’est rapide à utiliser et ça permet de partir tout de suite — on n’a pas à attendre comme avec les transports en commun. »

« C’est rapide, flexible et idéal pour les courtes distances. Je n’ai pas besoin de chercher une place de parking et je suis souvent plus rapide qu’en voiture ou en transports en commun. »

« On n’a pas besoin de respecter un horaire, c’est rapide et disponible partout en ville. »

Il existe également un lien évident avec les transports en commun, d'une part en tant que complément (14 %) et, d'autre part, en tant que solution de secours lorsqu'un bus, un tram ou un métro est en panne ou ne circule plus (la nuit). 

« Parce que c’est rapide et fiable. D’habitude, je prends le bus, mais avec De Lijn, on ne peut jamais être sûr qu’il arrive à l’heure. Sans les trottinettes partagées, j’aurais déjà été très souvent en retard en cours et au travail. »

« Je les utilise surtout pour mon job d’étudiant. Mes services se terminent souvent entre 1 heure et 5 heures du matin — dans ces moments-là, une trottinette partagée, c’est vraiment pratique. »

« À cause de l’offre limitée des transports en commun la nuit, et parce que certains tronçons sur le chemin du retour sont dangereux à parcourir à pied. »

Sentiment de sécurité

Plusieurs personnes interrogées indiquent que la trottinette partagée leur permet de rentrer chez elles en toute sécurité le soir, sans avoir à attendre à un arrêt de bus ni à marcher seules.

« Parce que les transports en commun circulent moins fréquemment le soir et que certains tronçons du trajet à pied pour rentrer chez moi sont dangereux. »

« Avant, je prenais souvent le taxi, surtout tard le soir, quand je ne me sentais pas en sécurité à l'idée de rentrer à pied depuis l'arrêt de bus — mais ce n'est plus nécessaire aujourd'hui. »

Quand le vélo n'est pas une option 

L'enquête a également mis en évidence un certain nombre de motivations des utilisateurs qui sont peut-être moins évidentes, mais qui n'en sont pas moins importantes pour autant. Ainsi, certains utilisateurs expliquent qu'en raison d'un léger handicap physique, ils ne peuvent pas (toujours) faire du vélo et optent donc délibérément pour la trottinette partagée. 

« Je souffre de problèmes de dos et de névralgies, sinon je ne pourrais pas me rendre au travail. »

« Il m’arrive parfois d’avoir mal aux jambes — dans ce cas, c’est très pratique de pouvoir utiliser une trottinette partagée si besoin. On en trouve presque partout. »

Enfin, le risque élevé de vol de son propre vélo (électrique) ou de sa propre trottinette semble également être une raison d'opter pour la trottinette partagée. 

« En ville, le vol de vélos est un problème, mais avec une trottinette partagée, je n’ai pas forcément à m’en soucier. »

« Parce qu’il n’y a aucun risque de vol et que c’est très pratique pour se déplacer plus vite qu’à pied. »

3. Qui sont les utilisateurs des trottinettes partagées et comment se déplacent-ils ?

L'étude d'impact réalisée en 2025 par Way To Go en collaboration avec l'Université d'Anvers révèle que l'utilisateur moyen d'une trottinette partagée a 33 ans et vit souvent chez ses parents ou dans une résidence étudiante. Le profil de l'utilisateur de trottinette partagée diffère de celui du utilisateur de vélo partagé, qui a en moyenne 41 ans, est hautement qualifié et vit dans des ménages plus petits. Ces deux modes de mobilité partagée s'adressent à des segments différents de la population.

Comment se déplacent les utilisateurs de trottinettes partagées ? Ils adoptent clairement un mode de déplacement plus durable que le Flamand moyen. Chaque semaine, ils empruntent beaucoup plus souvent le bus, le tram et le métro que le Flamand moyen (41 % des utilisateurs de trottinettes partagées contre 11 % des Flamands) et se déplacent plus souvent à pied (86 % des utilisateurs de trottinettes partagées contre 76 % des Flamands).  

La même étude montre que la micromobilité partagée contribue au transfert modal : 11 % des trajets effectués en trottinette en libre-service remplacent des trajets qui auraient autrement été effectués en voiture. La micromobilité partagée joue donc un rôle non négligeable dans le transfert modal et la transition vers une mobilité urbaine plus durable en Belgique.

4. Recommandations politiques

Il est clair que la trottinette partagée fait désormais partie intégrante de l'offre de mobilité urbaine. Elle a trouvé son public, qui compte sur elle pour ses déplacements quotidiens. Bien que la trottinette partagée soit le mode de transport partagé le plus populaire à Bruxelles, par exemple, ce moyen de transport reste soumis à de fortes pressions. C’est pourquoi nous formulons ci-dessous une série de recommandations politiques visant à assurer une intégration adéquate de la trottinette partagée dans nos villes. 

  1. Faites une distinction claire entre les trottinettes partagées et les trottinettes privées. 

La trottinette connaît un immense succès, mais toutes les trottinettes ne se valent pas. Les trottinettes partagées sont désormais strictement réglementées, ce qui les rend moins sujettes aux accidents. Ainsi, leur vitesse est limitée à 20 km/h (et à seulement 8 km/h dans les zones très fréquentées), elles sont équipées de pneus plus larges et utilisent un logiciel pour empêcher toute utilisation dangereuse (par exemple via des tests de dépistage d’alcoolémie, la détection de la présence de plusieurs personnes, etc.). Enfin, les trottinettes partagées sont également traçables : les opérateurs savent qui a utilisé quelle trottinette, quand et dans quelles conditions. 

Les statistiques d’accidents ne précisent que rarement s’il s’agissait d’une trottinette privée ou partagée. À Anvers, cela a toutefois été mis en place récemment, et ces chiffres montrent que seuls 17 % des accidents impliquant des trottinettes concernaient des trottinettes partagées. 

  1. Continuer à miser sur un cadre réglementaire clair 

Ne lâchez pas la main aux trottinettes partagées, mais continuez à améliorer le cadre réglementaire. Mettez en place des consignes de sécurité et des limitations de vitesse claires, mais veillez également à une répartition suffisante des zones de stationnement, suffisamment spacieuses pour accueillir ces trottinettes très prisées. Pensez notamment aux gares principales, stations de métro et arrêts de bus. Veillez à ce que les utilisateurs qui ne stationnent pas correctement leur trottinette partagée se voient infliger une amende. 

Encouragez également le partage de données entre les opérateurs et les pouvoirs locaux afin de renforcer le suivi, la surveillance de l'utilisation et l'application des règles.

  1. Donner la priorité aux investissements dans des infrastructures sûres (pistes cyclables séparées, carrefours sécurisés, etc.) 

Le meilleur moyen d'éviter les accidents reste de disposer d'infrastructures sûres, dans lesquelles les différents modes de transport ne risquent pas d'entrer en conflit les uns avec les autres. Nous appelons les différents niveaux de pouvoir à continuer d'investir dans ce domaine. 

  1. Ne pas instaurer une obligation générale de porter un casque pour les utilisateurs de trottinettes partagées

D'autres villes et régions qui avaient auparavant instauré le port obligatoire du casque ont surtout constaté une baisse de l'utilisation des trottinettes partagées (Rome, Milan, Danemark), tandis que le nombre d'accidents a même légèrement augmenté (Danemark). Le port obligatoire du casque n'est donc pas une mesure de sécurité efficace et est, de surcroît, pratiquement inapplicable. 

  1. Miser sur la poursuite des recherches en matière de sécurité routière et de trottinettes partagées

Les trottinettes partagées sont encore un mode de transport relativement nouveau, pour lequel il manque encore beaucoup de données, notamment en matière de sécurité routière, dans le contexte belge. Nous préconisons donc de continuer à miser, en collaboration avec les opérateurs, sur des recherches approfondies, par exemple par le biais d'une chaire universitaire.